« Les villes sont rarement fragmentées par une seule décision. Le plus souvent, elles sont divisées peu à peu par les infrastructures, la topographie changeante et des développements urbains isolés. Le paysage a cette capacité singulière de réparer ces fractures — non seulement en reliant des lieux, mais en renouant la vie quotidienne. »
Restaurer le paysage entre les collines
Le sud-est d'Erfurt se caractérise par une série de grands quartiers résidentiels conçus à l'origine comme des ensembles urbains autonomes. Au fil du temps, les infrastructures de transport, les différences de niveau et des espaces publics fragmentés ont affaibli les relations entre eux. La vallée qui reliait à l'origine les collines environnantes a été peu à peu dominée par les routes, les infrastructures de circulation et des espaces ouverts déconnectés, perdant son rôle de paysage civique partagé.
Le projet Neue Mitte Südost a été développé dans le cadre du dialogue compétitif de la ville d'Erfurt pour inverser ce processus. Plutôt que de traiter le site comme un projet d'infrastructure conventionnel, la proposition réinvente la vallée centrale comme le cœur social, écologique et spatial du quartier.
Le paysage devient le cadre premier par lequel déplacements, écologie, mobilité et vie publique sont à nouveau réunis. Au lieu de dessiner des parcs et des places isolés, le projet établit un paysage public continu qui relie à nouveau les quartiers de Herrenberg, Wiesenhügel et Melchendorf, tout en créant une nouvelle identité pour le sud-est d'Erfurt. Cette ambition reflète directement les objectifs du projet modèle : relier à nouveau les quartiers environnants, renforcer les espaces publics et engager une transformation de long terme du quartier.
Le paysage comme cadre organisateur
Le projet part d'une idée simple mais forte.
Au lieu de laisser les routes et les infrastructures organiser la ville, le paysage devient l'élément qui structure la vie urbaine.
Un boulevard paysager continu forme la colonne vertébrale de la proposition. Suivant la topographie existante, il relie tous les grands espaces publics par une séquence accessible de chemins, de terrasses et de liaisons en pente douce. Plutôt que de vaincre les différences de niveau, le projet les assume et transforme le terrain en une expérience spatiale riche, qui invite à marcher, à se rencontrer et à découvrir.
Cette épine dorsale verte relie les places des ponts, la place civique centrale, les parcs de quartier et les espaces d'activités en un seul système paysager cohérent. Elle donne des repères, renforce l'identité et établit une nouvelle hiérarchie dans laquelle l'espace public — et non l'infrastructure — définit le caractère du quartier. Le concept paysager a été explicitement développé pour transformer une structure urbaine fragmentée en un cadre vert continu et résilient face au climat, centré sur un boulevard paysager courbe qui relie tous les espaces publics à travers les différents niveaux.
Un nouveau cœur civique
Au centre de la proposition se trouve la Neue Mitte Platz, disposée autour du futur arrêt de tramway Abzweig Wiesenhügel.
Plutôt que de fonctionner comme un simple pôle d'échanges, la place est conçue comme le lieu de rencontre quotidien du quartier — un lieu où mouvement, interactions sociales et vie civique se superposent.
La place relie les équipements sportifs voisins, le centre de quartier, le cimetière, les zones commerciales et les secteurs résidentiels par un espace public flexible, qui accueille aussi bien les routines quotidiennes que les événements saisonniers. Pelouses ouvertes, plantations généreuses, espaces de marché temporaires, événements culturels en plein air et activités de quartier permettent à la place d'évoluer au fil de l'année, tout en restant accueillante pour toutes les générations.
Au lieu de créer un espace urbain monumental, le projet crée un lieu qui tire son identité de l'usage quotidien. La notice du projet souligne le rôle de la place comme nœud central reliant équipements publics, transports et vie de quartier, la programmation flexible et la structure paysagère offrant à la fois de l'activité et une protection vis-à-vis du trafic environnant.
Concevoir le mouvement comme une expérience
Le mouvement n'est pas traité comme une simple circulation, mais comme une expérience du paysage.
Deux places-ponts surélevées marquent les entrées du boulevard paysager, chacune répondant à son contexte urbain spécifique. L'une crée une arrivée verte et calme, encadrée d'arbres et de plantations. L'autre forme une terrasse publique plus urbaine, avec des assises sculptées et des espaces de rassemblement informels dominant le quartier.
Dans tout le projet, l'accessibilité est intégrée au paysage sans rupture. Rampes, terrasses et transitions progressives remplacent les changements de niveau abrupts, permettant à des personnes de tous âges et de toutes capacités de se déplacer confortablement sur le site, tout en éprouvant la topographie changeante de la vallée.
Le projet démontre que l'accessibilité peut devenir une composante à part entière de l'identité spatiale, et non une simple exigence technique.
Le paysage comme infrastructure climatique
La résilience climatique n'est pas introduite par des interventions techniques isolées, mais inscrite dans la structure même du paysage.
Eau, végétation, sol et espace public fonctionnent ensemble comme des systèmes environnementaux interconnectés.
Les grands arbres existants sont conservés partout où c'est possible et complétés par des communautés végétales adaptées au climat, qui augmentent l'ombre, renforcent la biodiversité et améliorent le microclimat urbain. Prairies riches en espèces, habitats arbustifs, hôtels à insectes et sites de nidification contribuent à un écosystème urbain plus divers, tout en renforçant la connectivité écologique du site.
Les eaux pluviales sont gérées selon les principes de la ville éponge, par des surfaces perméables, des noues, des jardins de pluie et des zones de rétention qui réduisent le ruissellement, soutiennent la recharge des nappes et créent des paysages de l'eau visibles. Une attention particulière est portée aux secteurs historiquement inondés, où la gestion décentralisée des eaux pluviales devient un élément de conception à la fois écologique et spatial.
Plutôt que de séparer performance environnementale et conception urbaine, la proposition les intègre dans une seule stratégie paysagère cohérente. La notice met en avant la biodiversité, les plantations adaptées au climat, les surfaces perméables, les noues, les mesures de rétention et l'adaptation au climat comme parties intégrantes du concept paysager.
Concevoir pour la vie quotidienne
Les espaces publics réussis ne peuvent pas être entièrement programmés.
Ils réussissent parce qu'ils permettent aux gens de se les approprier.
La proposition établit donc un cadre spatial robuste plutôt que des usages figés. Le long du boulevard paysager, des zones d'activités alternent avec des jardins plus calmes, des pelouses ouvertes et des espaces de quartier qui encouragent l'appropriation spontanée et l'adaptation dans le temps.
Enfants, navetteurs, habitants âgés, cyclistes et visiteurs vivent chacun le paysage différemment, tout en restant reliés par un espace public continu, conçu pour soutenir la vie quotidienne plutôt que des événements isolés.
Le projet reconnaît que la résilience n'est pas seulement environnementale. Elle est aussi sociale.
Une ville résiliente est une ville dont l'espace public favorise la rencontre, l'inclusion et le sentiment d'appartenance partagé.
Au-delà de la régénération urbaine
Neue Mitte Südost est plus que le réaménagement d'un nœud de transport.
Le projet propose une autre compréhension de la transformation urbaine.
Plutôt que de laisser l'infrastructure diviser les quartiers, le projet démontre comment le paysage peut devenir le médium par lequel des systèmes urbains fragmentés sont à nouveau reliés. Écologie, mobilité, espace public et adaptation au climat ne sont pas traités comme des disciplines séparées, mais intégrés dans un seul cadre paysager résilient.
Le résultat n'est pas simplement un nouveau parc ou une nouvelle place.
C'est une nouvelle relation entre le paysage et la ville.
Ma contribution
En tant que responsable de la conception paysagère, j'étais chargée de développer le concept d'ensemble d'architecture du paysage et de traduire les ambitions urbaines du projet en une stratégie cohérente pour l'espace public.
Mon travail s'est concentré sur la mise en place du cadre paysager qui relie à nouveau les quartiers environnants, le développement du concept de boulevard paysager, l'intégration de l'adaptation au climat et des principes de la ville éponge, l'élaboration de la stratégie écologique et la définition du caractère spatial de l'espace public.
Au sein d'une équipe interdisciplinaire réunissant Kortemeier Brokmann Landschaftsarchitekten, INVER GmbH et des spécialistes de l'ingénierie, j'ai coordonné la conception paysagère afin que mouvement, écologie et vie publique forment un seul système spatial intégré.
Tout au long du processus de conception, mon objectif était de placer le paysage au centre de la transformation urbaine — non pas comme un élément entourant l'infrastructure, mais comme l'infrastructure qui relie à nouveau la ville elle-même.
Informations sur le projet
- Maître d'ouvrage
- Ville d'Erfurt
- Lieu
- Erfurt, Allemagne
- Année
- 2025
- Type de projet
- Dialogue compétitif selon le §18 VgV – projet modèle de régénération urbaine
- Résultat
- 2e prix
- Rôle
- Responsable de la conception paysagère
- Prestations
- Architecture du paysage · Conception de l'espace public · Adaptation au climat · Stratégie de ville éponge · Biodiversité · Paysage urbain
- Partenaires du projet
- Kortemeier Brokmann Landschaftsarchitekten · ensphere GmbH · INVER GmbH – planification des transports
Crédits
Plans, diagrammes et croquis © ensphere GmbH, Kortemeier Brokmann Landschaftsarchitekten et INVER GmbH.
Tous les dessins et images restent la propriété des agences d'origine.


